Ourga, une ville bouddhique
Fondée au milieu du XVIIe siècle autour d’un monastère, la ville d’Ourga, actuelle Oulan-Bator, s’impose progressivement comme une cité monastique majeure. Initialement mobile, elle est constituée de yourtes et de temples en bois démontables. Elle se fixe définitivement en 1778. Ourga devient alors une capitale religieuse, économique et politique, connaissant un apogée culturel entre la seconde moitié du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle. La mission de Stéphane Passet se déroule ainsi à la fin de cette période de rayonnement.
À la fin du XIXe siècle, la ville compte entre 13 000 et 30 000 habitants, dont environ la moitié a prononcé des voeux monastiques. Elle abrite de nombreux temples et monastères, parmi lesquels le Palais jaune ou Shar Ord, résidence du pontife, ainsi que des édifices majeurs aujourd'hui disparus tels que le temple de Maitreya, le Grand Palais-yourte bleu, où se tiennent les assemblées politiques annuelles. La majorité des habitants continue de vivre dans des yourtes.
L'architecture d'Ourga reflète un mélange d'influences mongoles, chinoises et tibétaines. Le temple de Maitreya en est un bon exemple : d'apparence tibétaine, il est surmonté d'un dôme évoquant une yourte. Construit d'abord en bois en 1834, il est reconstruit en briques et en bois entre 1855 et 1866.
Le quartier de Gandan, fondé entre 1836 et 1838 sur une colline à l'ouest de la ville, forme un centre intellectuel majeur du bouddhisme. Il accueille des milliers de moines, de nombreux pèlerins et d'importantes facultés de philosophie bouddique. Son principal temple, le Megjib Janraiseg, dédié à Avalokiteshvara, est construit entre 1911 et 1913. Il abrite une statue de 25 mètres de haut, ce qui en fait un édifice particulièrement remarquable dans le paysage d'Ourga. Le quartier était autrefois délimité par 28 stupas (des tumulus reliquaires, monuments du bouddhisme) aujourd'hui disparus.
Autour de ce centre religieux gravitent des communautés laïques travaillant pour les monastères, des marchés animés, un quartier russe, ainsi qu’environ 15000 Chinois.
Ourga apparaît ainsi comme un carrefour commercial majeur entre la Chine, la Russie et le Tibet.
Les photographies de Stéphane Passet révèlent les contrastes saisissants de la ville. D’un côté, une cité colorée, marquée par les toits dorés des temples et les vêtements éclatants des lamas comme des laïcs ; de l’autre, un environnement plus rude, avec des rues sales, des mendiants, des chiens errants, des lamas déféquant au beau milieu de la voie… L’animation des marchés en plein air où se croisent piétons, cavaliers et chariots dans un dédale de ruelles contribue au caractère pittoresque et vivant de cette ville singulière.







