Contexte des recherches
Actualité des recherches :
L’étude des expositions temporaires dans les musées s’inscrit aujourd’hui dans un contexte scientifique en pleine mutation, marqué par une reconnaissance croissante du rôle que joue la muséographie et dans l’histoire de l’art. Ce champ de recherche, encore marginal il y a quelques décennies, tend désormais à s’autonomiser en tant que discipline à part entière. En témoignent des initiatives internationales telles que le prix Minda de Gunzburg, créé en 1988, qui récompense chaque année le meilleur catalogue d’exposition par une somme significative de 25 000 dollars. Comme le soulignait déjà Pierre Rosenberg dans un article publié la même année[1], ce type de production éditoriale, longtemps considéré comme un simple complément de l’exposition, a acquis un statut à part entière, devenant un objet scientifique, critique et éditorial reconnu.
Cette rétrospective s’inscrit dans un champ de recherche encore relativement récent : celui des études consacrées aux expositions temporaires. Si les travaux fondateurs, tant français qu’anglo-saxons[1], ont ouvert la voie à une analyse critique des expositions en abordant des aspects variés comme les publics[2], politiques culturelles[3], dispositifs de médiation[4], outils numériques[5], scénographie[6] ou encore catalogues[7], ces approches demeurent souvent fragmentées. En France, un travail de repérage à grande échelle a été mené par Marie-Sylvie Poli et Hana Gottesdiener[8], portant spécifiquement sur les titres d’expositions. Par ailleurs, plusieurs recherches ont été consacrées au musée de Cluny, mais elles s’attachent à des objets ou à des angles précis : certaines se centrent sur des œuvres emblématiques comme La Dame à la licorne, d’autres sur des arts comme l’enluminure, ou encore sur la mise en scène du sacré dans une exposition spécifique[9].
L’originalité de cette rétrospective tient dans le croisement de ces différentes perspectives à partir d’un corpus homogène : près de 40 expositions temporaires en 30 ans. Cela reflète l’évolution des pratiques muséales, où l’exposition ne se réduit plus à une vitrine de collections, mais devient un dispositif intellectuel et narratif, porteur de discours historiographiques. Toutefois, ces évolutions ne s'accompagnent pas toujours de structures documentaires. Le cas du musée de Cluny en est un exemple : en dépit d'une programmation régulière et d'une forte activité scientifique, il n'existe pas de base de données centralisée recensant l’ensemble des expositions temporaires organisées par l’institution depuis sa création. Cette carence oblige à reconstituer manuellement les corpus à partir de sources disparates : catalogues, dossiers de presse, communiqués institutionnels, articles de presse, archives internes ou encore entretiens oraux, pour ainsi vous transmettre une premier corpus en ligne !
[1] BENNETT, Tony, The Birth of the Museum: History, Theory, Politics, Londres, Routledge, 2013. Ou encore BOSWELL, David, EVANS, Jessica, Representing the Nation: A Reader, Histories, Heritage, Museum, Londres, Routledge, 1999.
[2] EIDELMAN, Jacqueline, ROUSTAN, Mélanie, GOLDSTEIN, Bernadette, La place des publics : de l’usage des études et recherches par les musées, Paris, La Documentation française, 2015.
[3] POIRRIER, Phillipe (Dir.), Pour une histoire des politiques culturelles dans le monde 1945-2011, Paris, La Documentation française, 2011.
[4] HURLEY, Cécilia, « Jalons pour une histoire du dispositif », Culture & Musées, n°16, 2010, pp. 207-218.
[5] GENTES, Annie, JUTANT, Camille, « Nouveaux médias au musée : Le visiteur équipé », Culture & Musées, n°19, 2012, pp. 67-91.
[6] DAVALLON, Jean, « L’écriture de l’exposition : expographie, muséographie, scénographie », Culture & Musées, n°16, 2010, pp. 229-238.
[7] PARCOLLET, Remi, SZACKA Léa-Catherine, « Ecrire l’histoire des expositions : réflexions sur la constitution d’un catalogue raisonné d’expositions », Culture & Musées, n°22, 2013, pp. 137-162.
[8] GOTTESDIENER Hana, POLI Marie-Sylvie, « Les titres d’expositions : sur quoi communiquent les musées », Culture & Musées, n°11, 2008, pp. 81-89.
[9] MEUNIER, Mathilde, Quel sacré pour les expositions temporaires ? Étude croisée de l’exposition Naissance de la sculpture gothique, Saint-Denis, Paris, Chartres, 1135-1150, du 10 octobre 2018 au 21 janvier 2019 au musée de Cluny-musée national du Moyen Âge et de la rétrospective Miró. La couleur de mes rêves, du 3 octobre 2018 au 4 février 2019 aux Galeries nationales du Grand Palais, mémoire de Master 2, Ecole du Louvre, 2021, sous la direction de Mme Cécilia HURLEY-GRIENER.
[1] ROSENBERG Pierre, « Un genre nouveau : le catalogue d’exposition », Histoire de l’art, n°1-2, 1988, pp. 101-102.

