Allers-retours de la scène à la galerie : la performance jusqu'à l'oeuvre d'art globale
Nourrie par les cultures musicales contemporaines, la peinture est aussi, en retour, appropriée et incorporée par les musiciens, devenant notamment pour les groupes Wirtschftswunder et Der Plan un véritable outil scénique, proche d’un monumental fond de scène d’opéra.

Luciano Castelli, Affiche pour le défilé-spectacle « Big Birds » à la Kongresshalle, Berlin, le 11 novembre 1979, 1979, impression sur papier et collage (multiple), dimensions inconnues. © et photo Luciano Castelli.

8.3 : Salomé, Luciano Castelli, Seiltänzer (funambule[s]), 1979, acrylique sur toile, 240 x 400 cm, (deux parties).
Les motifs de cette toile collaborative monumentale sont exactement les mêmes que les postures de
Salomé et Castelli lors de leur performance dans le cadre du défilé « Big Birds » de Claudia Skoda, sans qu’il nous ait été possible d’identifier quel projet est antérieur.
Au-delà de l‘équivalence entre image et son, des croisements entre peinture et musique, c’est davantage encore le modèle de l’event et de la performance qui s’impose comme le pont privilégié entre les arts. Un spectacle comme le « Big Birds show » à Berlin associe ainsi en 1979 un défilé de mode par la créatrice Claudia Skoda, un concert électronique live et une ambitieuse performance par le duo de peintres Salomé et Luciano Castelli.
Pour le groupe pionnier de la NDW Der Plan, les concerts sont l’occasion de créer d’imposants costumes aux airs résolument dadaïstes.
Plus ambigu encore, la performance de « nettoyage » organisée en 1978 par Mike Hentz et son groupe Minus Delta T au Ratinger Hof déguise un happening proche de la violence de l’actionnisme viennois en concert punk en un mélange des genres saisissant.
Plus généralement, c’est le modèle du festival qui offrent des possibilités de décloisonnement des pratiques, séduisant autant les artistes que les musiciens en quête de liberté.Le Schvantzfestival, organisé en 1979 à la célèbre école d’art Städelschule de Frankfort se présenteainsi de manière particulièrement révélatrice de cet esprit comme un « évènement d’art multi-média– musique, performance, performance musicale, cinéma, diapositives, vidéo, installation, spectacle lumineux » et un « statement artistique de la nouvelle vague ».
Par l’identification au modèle artistique de la performance au tournant des année 1980, s’ouvre au cours de la décennie une institutionnalisation de ces pratiques underground issues de la scène
musicale, notamment lors de la prestigieuse Documenta 8 notamment à laquelle participe le groupe Minus Delta T. Cette évenementiallisation et dimension performative issue de la créativité de la scène art-punk allemande touche même la littérature. Participant en 1983 au prix littéraire Ingeborg bachmann, le jeune Rainald Goetz lit ainsi son texte à la télévision affublé d’un parfait costume new wave avant de s’entailler le front pour laisser s’écouler son sang, évocation du geste de mutilation du Sex Pistol Jonny Rotten autant que d’une performance de l’artiste Hermann Nitsch.

