Penser la culture et la société : postures et valeurs art-punk
Provocation, appropriation distinction : du tabou punk au snobisme pop.
S’il n’est pas politique au sens strict - étant même le plus souvent un refus de la politique - l’esprit punk qui anime à la fin des années 1970 puis 1980 spectateurs, musiciens et artiste, n’en est pas moins un positionnement face à la société. C’est d’abord la possibilité de provoquer et de s’attaquer à tous les tabous qui marquent la société allemande d’après-guerre qui galvanisent les créateurs. La revendication pubertaire de la croix gammée et d’éléments iconographiques liés directement au nazisme est, pour certains punks britanniques ou jeunes peintres allemands, le symptôme le plus frappant de cette volonté de contradiction de mauvais goût, mais aussi, pour ces premiers jeunes gens nés après la guerre, la possibilité d’une distinction générationnelle, celle d’un coup de pied dans un establishment seulement partiellement dénazifié.
Situé plus esthétiquement que politiquement, la revendication générationnelle du mauvais goût devient aussi, pour certains jeunes artistes au capital culturel élevé, le moyen d’une distinction sociologique. Chantres d’un élitisme entre référence intellectuelles et musique populaire, les philosophes de formation Diedrich Diederichsen et Rainald Goetz invente à l’entrée des années 1980 un hermétisme pop décliné du journalisme musical à la littérature. Proches de cette pop-Litteratur
naissance et séduits par ses possibilités d’affirmation de soi, les artistes Martin Kippenberger, Albert Oehlen et Werner Büttner adoptent la veste de costume et la cravate en signe de rébellion anti-punk, créent des toiles ou des revues d’art intentionnellement absconses dans lesquelles références littéraires et esthétique punk se mêlent.

